Les Egarements Monumentaux

septembre 15, 2009

Des révolutions du goût

 » Le goût de la décoration intérieure des appartements à subi plusieurs révolutions en France depuis un siècle. Sous Louis XIV, on la traitait avec la même sévérité que la décoration extérieure des bâtiments. Les portes, les croisées, les cheminées, les corniches des appartements étaient toutes d’un style grave et sérieux …

Il y a environ cinquante ans que l’on donna dans un excès tout opposé ; on abandonna les formes régulières ; on s’applique à tourmenter les décorations intérieures de toutes les manières, sous prétexte de les varier, de les alléger, et d’égayer les appartements. Les Lajoux, les Pineau, les Meissonnier et leurs copistes firent, si l’on peut s’exprimer ainsi, en quelque sorte, déraisonner l’architecture. On n’admit plus dans nos décorations que des contours extraordinaires, qu’un assemblage confus d’attributs placés sans choix et alliés avec des ornements d’une imagination bizarre …

(…)

On doit à MM. Servandoni, Cartaud, Boffrand et à quelques uns de nos meilleurs architectes, qui ne s’étaient pas laissés entraîner par le torrent de la mode, le retour du bon goût, en faisant sentir par la comparaison de leurs ouvrages l’absurdité de cet alliage monstrueux : peu à peu on remit donc à des formes plus sages, moins bizarres, et enfin le retour du goût antique ayant répandu son influence sur nos arts d’agrément, surtout depuis environ quinze ans, on peut dire que la décoration intérieure des appartements et le style de leurs ameublements sont devenus en quelque sorte un art nouveau. « 

Pierre Patte
in Cours d’Architecture Civile, Jacques-François Blondel et Pierre Patte
1771

En quelques lignes d’une langue délicieuse, voici résumé 100 ans d’évolution du goût français. Oserais-je ajouter que ce livre ô combien précieux se trouve d’ores et déjà sur « Google Books ». Il reste absent à ce jour des rayonnages numériques de notre bonne bibliothèque françoise …

mars 3, 2009

Archaïsme et réalisme en art

 » Si près que l’artiste archaïque s’approche de la réalité, il transforme toujours au dernier moment le détail concret en un signe abstrait. Il observe la nature, il la sent aussi vivement que l’artiste classique; mais il ne lutte pas avec elle corps à corps. Au lieu d’un reflet sensible de la nature, plus ou moins déformé, appauvri ou embelli, il en obtient un équivalent intellectuel. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’atteint pas notre coeur et nos sens, mais il les atteint par les chemins de l’intelligence. Ce qu’il crée est vivant, mais nous ne le sentons vivre qu’à la condition d’entrer dans le jeu. « 

Je ne connais pas plus pertinente définition de l’archaïsme en art que ces belles lignes écrites par Jean Charbonneaux dans son livre « La sculpture grecque archaïque ». Certes, son propos concerne cette période méconnue de l’art grec. Toutefois, comme tout concept de haute pensée, il peut être étendu en dehors de son contexte originel. Comment ne pas penser au dialogue entre l’art roman et sa descendance gothique ?

Et ce dialogue, où peut-il bien nous mener ? A ceux qui veulent encore croire à la possibilité d’un progrès en matière d’Art, voilà ce que répond Jean Charbonneaux :

 » Mais le propre du génie est d’arrêter pour son propre compte, là où il veut, l’évolution de l’art, d’en fixer n’importe quel moment dans une oeuvre accomplie. »

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