Les Egarements Monumentaux

avril 25, 2008

Vitraux de la chapelle de la Vierge (addendum) – st Roch (VI)

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Voici donc le vitrail du Nom Divin qui trône au beau milieu de la « gloire ». Source de la Lumière, que matérialisent les grands rayons de stuc, il est également allégorie de la distribution des grâces et du savoir.

Ci-dessus, le dernier vitrail du programme peint en l’ honneur de l’ Immaculée Conception, dont l’image me manquait lors de mon précédent billet, nous présente simplement … une petite maison. Quel est donc ce modeste édifice rural ?

Faut-il y voir l’allégorie poétique de la modestie de la Vierge, ou de celle du Seigneur ? Rien de très modeste, en réalité, car cette petite maison est un formidable monument : selon la tradition, la maison de la Vierge elle-même ! Transportée par les anges jusqu’en Italie, la Santa Casa de Lorette est l’objet d’une des plus belles légendes entourant la Vierge. Dans cette histoire, certains ne verront que superstition navrante. J’y vois pour ma part beaucoup de poésie, et un sujet d’inspiration pour les artistes : si la petite maison se visite toujours, elle est aujourd’hui abritée dans un des plus fantastiques monuments de la renaissance du Beau Pays : une châsse tout en marbre à sa dimension, sculptée par les plus grands, à la demande du pape Jules II ! Rien que pour cela, elle mérite mieux que des railleries !

(image : copyright Gerso srl)

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avril 20, 2008

Verrières de la chapelle de la Vierge (st Roch, IV)

Filed under: église st-Roch, Paris,vitraux — pfbenoit @ 9:31

L’art du vitrail, né en Europe à l’époque carolingienne, s’éteignit au 16 ème siècle, dit-on. Cela est vrai, mais il fallait bien offrir à nos beaux monuments classiques des verrières à leur hauteur ! Le 17 ème et le 18 ème siècle furent l’époque des grisailles. De gigantesques baies jouant sur une seule couleur habillèrent de lumière les églises et les chapelles que l’on bâtissait alors, ou celles que l’on restaurait. Car ce fut, malheureusement, aussi l’époque où l’on abattait des vitraux précieux du moyen-age, par goût ou par nécessité, à Saint Denis, à Chartres ou à Notre Dame de Paris, et partout en France.

Nos grandes grisailles, bordées de fleurs et d’écussons colorés, ne sont pas sans charme. Si elles ne méritent pas qu’on les admire, leur compagnie se révèle plaisante. Dire qu’elles sont fonctionnelles serait une faute de goût : il ne faut pas imposer au passé nos obsessions modernes. Et pourtant, elles projettent dans les nefs spacieuses et jusqu’aux bas-côtés les plus reculés, une lumière vive et doucement colorée. Plusieurs églises parisiennes offrent au regard attentif des ensembles presque complets de ces verrières. Le grand vaisseau de saint Sulpice, tellement sombre qu’on le dirait antique, s’éveille lorsque frappe le soleil. A saint-Paul-saint-Louis, l’ancien temple de la Compagnie de Jésus qui a tant souffert de la révolution conserve de beaux panneaux. On les trouve aussi à saint-Germain-des-Prés, habillant les grandes ouvertures du transept, épargnées par le goût discutable des restaurateurs néo-gothiques.

A saint-Roch, c’est un superbe varié qui accueille le pèlerin des arts ou de la Foi. De grands panneaux opaques encadrés de rubans colorés distribuent la Lumière divine. La Chapelle de la Vierge, au fond du vaisseau, conserve, dans ses bas-côtés, de belles verrières qui les éclairent. Les verrières de la rotonde datent pour leur part du Second Empire, prenant la place des anciennes grisailles ornées de médaillons peints.

A l’oeil non averti, c’est une obscure symbolique qui s’étale sur ces panneaux. Quelque romancier américain y verrait sûrement une énigme, un complot, une carte. Ce qu’il faut y voir est à la fois plus simple, plus érudit, et plus beau. De grands médaillons ovales encadrés d’ors, de guirlandes, de mascarons, et coiffés d’un fronton, sont gardés par de beaux anges en prière. Au centre, sur un fond rose ou violet, deux beaux lys protègent de leurs fleurs délicates des symboles mystérieux et tous différents.

C’est à la Vierge que l’on rend ici hommage ! La Mère de Dieu qui intercède en notre faveur méritait bien un tel ouvrage. Construite dans la première moitié du XVIII ème siècle, la chapelle résonne encore de l’appel grave et solennel du concile de Trente. La chrétienté catholique, en lutte contre la réforme, met à l’ouvrage les artistes pour défendre ses dogmes. Là où les docteurs de la réforme plantent leur oeil inquisiteur, et leur esprit tatillon, l’Eglise contre-attaque plus fort. Plus un objet du dogme est attaqué, plus l’Eglise de Rome se fait insistante. Ces verrières, dans ce climat, nous parlent de l’ Immaculée-Conception : ces attributs singuliers qui nous étonnent sont les arguments pacifiques et poétiques de cette belle idée. Tous sont à la fois une image symbolique de la Vierge sans-tâche, et une allégorie de sa Victoire sur le péché, telle que les prophètes de l’ Ancienne Loi pouvait la pressentir. Ce beau vase (ci-dessus), est le Vase d’élection, car son sein accueillit le Sauveur..

Ce portail de pierre qui parait égyptien est Marie, la Porte du Ciel. Ce coffre d’or, qu’il faut lire comme l’Arche d’Alliance, est à l’image de Marie. L’Arche vénérable dont parlent les anciens livres des hébreux, est renouvelée en Marie, qui abrite en son sein celui qui révéla le Nouveau Livre.

Marie est le Miroir sans tâche, exempte du péché par Décret Divin. Quels sont ces attributs autour de notre miroir, je ne le sais pas. J’y vois des os. A droite, ce fier donjon serait la Tour Inexpugnable, jamais atteinte par le péché. A moins qu’il ne s’agisse du Refuge des Pécheurs, ou de la Tour de David, allusion à l’arbre de Jessé. D’autres belles allégories existent, qui ne sont pas représentées à st-Roch. Dans quel domaine, lecteur, la vénérable Antiquité mère des Arts développa-t-elle un aussi riche programme symbolique ?

Face au soleil de midi, la verrière est d’une couleur plus solennelle. Elle abrite le monogramme AM, Ave Maria, composé de fleurs aux pétales fermés. N’oublions pas, en face, le petit vitrail du Nom Divin, au milieu de la grande « gloire » en stuc et en bois doré. Quant aux belles étoiles brillant entre les lys, et qui tapissent l’ensemble des verrières, n’est ce pas Marie, l’Etoile du Matin ?

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