Les Egarements Monumentaux

janvier 14, 2009

L’amour selon Charles Baudelaire

Filed under: divertissement — pfbenoit @ 10:43

 » Il est malheureusement bien vrai que sans le loisir et l’argent, l’amour ne peut être qu’une orgie de roturier ou l’accomplissement d’un devoir conjugual. Au lieu du caprice brûlant ou rêveur, il devient une répugnante utilité.  »

C. Baudelaire, extrait du Peintre de la Vie Moderne, le Figaro 1863

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novembre 26, 2008

Notre-Dame de Paris plie mais ne rompt point

Nous sommes ici dans les premières travées de la nef. De fines colonnes s’élancent des piles massives des grandes arcades comme des branches gourmandes. Mais comment résister à ce voisinage dangereux, celui de la façade, qui exerce ici son poids formidable, déforme et contraint tout autour de lui ?

Une proximité qui contraignit les architectes et les maçons à modifier l’ordonnance sévère du grand vaisseau, en reliant la nef et le massif occidental par une travée renforcée, qui agit comme un contrefort intérieur disposé dans le sens de la nef : petites fenêtres hautes, tribune à deux lancettes au lieu de trois. La façade, pourtant, fut élevée comme un édifice à part, à l’instar de la plupart des parties d’un bâtiment gothique, caractérisé par la redondance des éléments porteurs. Que l’on songe à la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais qui connu deux incidents catastrophiques, la chute du voûtement de son choeur et l’effondrement de sa tour lanterne, la plus haute d’Europe, près de 150 ans plus tard. Dans les deux cas le reste du bâtiment n’en fut pas affecté ! Cette solidité entêtée de la forêt gothique valut bien des malheurs aux bourreaux qui s’y attaquèrent, en particulier pendant la révolution française et le spéculatif XIX ème siècle.

Mais revenons à Notre-Dame de Paris. Ce n’est pas seulement au niveau des premières travées que l’on perçoit les conséquences de la façade. L’observation attentive des portails montre un tassement et une déformation qui nécessita une reprise de l’ensemble lors de l’achèvement, dans les années 1230-1240. J’y reviendrais bientôt.

juin 23, 2008

L’art d’ Hokusaï

Filed under: divertissement — pfbenoit @ 10:21

Quel beau voyage nous offre ce vieux sage japonais ! En suivant ses pas tranquilles, c’est la plus belle des randonnées que l’on entreprend : s’appuyant avec précaution sur un petit parapet de bois, on admire avec effroi des gorges tumultueuses, des cascades terribles ; fatigué par une longue marche, les sandales couvertes de poussière, supportant le poids de grands fagots ou de cages pleines d’oiseaux, on entrevoit le bout du chemin : une petite hôtellerie au bord d’un grand lac, à l’ombre de puissants arbres. Sur la route, nous nous arrêtons sur les conseils du guide pour admirer l’oiseau qui pique sur les fruits succulents, ou le groupe de courtisanes impassibles qui se donne en représentation à la terrasse d’un beau palais.

L’art d’Hokusaï est un paradoxe. Son âme d’observateur amoureux de la nature s’exprime dans un réalisme touchant, dans ces belles branches chargées de fleurs, dans ces oiseaux fripons qui se contorsionnent pour chiper le fruit défendu, dans cette danse des crabes ou dans ces carpes qui semblent nous parler. Sa main, chargée du poids précieux de la culture japonaise, dépeint au contraire des hommes et des femmes retenus par mille conventions : ce ne sont pas des visages, ce sont des masques. Les femmes sont d’impassibles statues à l’improbable visage qui ne doit rien à celui des vrais japonaises de chair et de sang, mais tout à ces masques trompeurs du théâtre et de la guerre de l’ancien Japon. Les hommes, lorsqu’il ne s’agit pas de guerriers chinois au rictus effrayant, vont grimaçant, moqueurs, souffrant, s’exclamant ou s’esclaffant. Son vérisme touchant ou choquant, mettant en scène la vie d’un Japon populaire, n’est que l’illustration d’un théâtre de rue, de fables pour enfants … ou pour adultes.

C’est la première tendance, celle du réalisme naturaliste, qui toucha l’occidental, en faisait remonter à la surface le vieux fonds qui sommeille en tout européen, celui des sculpteurs de chapiteaux du XIII ème siècle, ou celui d’un Dürer dessinateur de plantes et de petits animaux. Les belles scènes proprement japonaises dans l’oeuvre d’Hokusaï n’influencèrent pas nos artistes. Elles sont trop singulières, empreintes de trop de conventions. C’est un voyage dans l’antiquité, celle des peintures sur vases grecs, celle de notre sculpture romane aux drapés vigoureux et stylisés.

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