Les Egarements Monumentaux

mars 3, 2009

Archaïsme et réalisme en art

 » Si près que l’artiste archaïque s’approche de la réalité, il transforme toujours au dernier moment le détail concret en un signe abstrait. Il observe la nature, il la sent aussi vivement que l’artiste classique; mais il ne lutte pas avec elle corps à corps. Au lieu d’un reflet sensible de la nature, plus ou moins déformé, appauvri ou embelli, il en obtient un équivalent intellectuel. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’atteint pas notre coeur et nos sens, mais il les atteint par les chemins de l’intelligence. Ce qu’il crée est vivant, mais nous ne le sentons vivre qu’à la condition d’entrer dans le jeu. « 

Je ne connais pas plus pertinente définition de l’archaïsme en art que ces belles lignes écrites par Jean Charbonneaux dans son livre « La sculpture grecque archaïque ». Certes, son propos concerne cette période méconnue de l’art grec. Toutefois, comme tout concept de haute pensée, il peut être étendu en dehors de son contexte originel. Comment ne pas penser au dialogue entre l’art roman et sa descendance gothique ?

Et ce dialogue, où peut-il bien nous mener ? A ceux qui veulent encore croire à la possibilité d’un progrès en matière d’Art, voilà ce que répond Jean Charbonneaux :

 » Mais le propre du génie est d’arrêter pour son propre compte, là où il veut, l’évolution de l’art, d’en fixer n’importe quel moment dans une oeuvre accomplie. »

novembre 26, 2008

Notre-Dame de Paris plie mais ne rompt point

Nous sommes ici dans les premières travées de la nef. De fines colonnes s’élancent des piles massives des grandes arcades comme des branches gourmandes. Mais comment résister à ce voisinage dangereux, celui de la façade, qui exerce ici son poids formidable, déforme et contraint tout autour de lui ?

Une proximité qui contraignit les architectes et les maçons à modifier l’ordonnance sévère du grand vaisseau, en reliant la nef et le massif occidental par une travée renforcée, qui agit comme un contrefort intérieur disposé dans le sens de la nef : petites fenêtres hautes, tribune à deux lancettes au lieu de trois. La façade, pourtant, fut élevée comme un édifice à part, à l’instar de la plupart des parties d’un bâtiment gothique, caractérisé par la redondance des éléments porteurs. Que l’on songe à la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais qui connu deux incidents catastrophiques, la chute du voûtement de son choeur et l’effondrement de sa tour lanterne, la plus haute d’Europe, près de 150 ans plus tard. Dans les deux cas le reste du bâtiment n’en fut pas affecté ! Cette solidité entêtée de la forêt gothique valut bien des malheurs aux bourreaux qui s’y attaquèrent, en particulier pendant la révolution française et le spéculatif XIX ème siècle.

Mais revenons à Notre-Dame de Paris. Ce n’est pas seulement au niveau des premières travées que l’on perçoit les conséquences de la façade. L’observation attentive des portails montre un tassement et une déformation qui nécessita une reprise de l’ensemble lors de l’achèvement, dans les années 1230-1240. J’y reviendrais bientôt.

septembre 25, 2008

Hors d’oeuvre rue du Faubourg St Honoré

Notre temps multiplie ces structures éphémères en hors d’oeuvre, masquant ou englobant les façades, etdevenues à Paris l’accessoire indispensable de tout chantier important de rénovation immobilière.
Faut-il lire ce cubo-futurisme exogène comme le signe d’un temps qui ne veut plus construire pour la durée ?

Cette étonnante araignée, visible rue du Faubourg St-Honoré laisse à penser que les artistes contemporains se voient souvent dépassés par la réalité malgré leurs efforts. A désacraliser l’art, ils prennent le risque de voir leurs installations ridiculisées par un simple échaffaudage. Après tout, comme le dit l’historienne Christine Sourgins, l’art est ce que le microcosme baptise comme tel. Alors, que ce curieux encadrement de poutrelles bleues soit art !

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