Les Egarements Monumentaux

avril 3, 2008

Loix & Actes de l’Autorité Publique

Filed under: divers — pfbenoit @ 10:08

 

Les observateurs attentifs n’auront pas manqué cette curieuse plaque qui orne l’ancien Garde Meuble Royal, aujourd’hui appelé Ministère de la Marine, rue Royale à Paris. Anodine au premier abord, elle est en réalité un formidable monument, souvenir funeste d’une époque sombre de l’histoire de la France !!

Longtemps je me suis demandé quel pouvait en être le sens. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver sur la façade de l’église st-Philippe-du-Roule, à droite du portique d’entrée, une plaque tout à fait semblable. De la même dimension, également taillée dans une sorte de schiste noir, elle laissait voir, bien que presque illisible, le même grave message : LOIX et ACTES de l’AUTORITE PUBLIQUE. 

Rien ne pouvait plus arrêter ma curiosité ! C’est dans un récit anglais de la révolution de 1789 – A Trip to Paris in July and August 1792, by Richard Twiss – que je trouvais enfin l’explication. Je ne vous ferais pas l’affront de traduire :

 At the corner of almost every chief street is a black marble slab, inserted in the wall about ten feet high, on which is cut in large letters, gilt, Loix et actes de l’autorité publique (laws and acts of the public authority) and underneath are pasted the daily and sometimes hourly decrees and notices of the National Assembly. One of these acquainted the citizens, that Mandat (the former commander-general of the national guards) had yesterday undergone the punishment due to his crimes; that is to say, the people had cut off his head.

Il faut donc imaginer placardées sous ces sombres plaques dont les lettres étaient d’or, les sentences du « peuple constitué », parmi lesquelles il faut compter de nombreuses condamnations à mort. La France d’alors peut s’enorgueillir d’avoir inventé, non tant les droits de l’homme, déjà offerts sur le pourpre coussin du christianisme, ni même les droits de la personne / ou du sujet, forgés par la perfide albion, mais le « terrorisme d’état », c’est-à-dire le travestissement légal du meurtre de masse. Sous le masque trompeur de la liberté avançait l’intolérance la plus scandaleuse, en particulier dans le domaine religieux. Sous le manteau de la Justice se cachait alors la Parodie criminelle à la chair corrompue : on tuait pour un rien. Un mot de trop, et vous voila dans la charrette macabre, sous les crachats des vendeuses de poissons ! L’histoire a voulu conserver les motivations dérisoires des sentences de la révolution. Si le coeur vous en dit, vérifiez par vous même ! Parfois, il arrivait que l’on passe outre la sentence, comme en témoigne cet horrible exemple, tiré du même étrange récit :

On Sunday, they dragged a man to the Hôtel de Ville, before a magistrate, to be tried, for having stolen something in the Tuileries as they said. He was accordingly tried, searched, and nothing being found on him, was acquitted; n’importe, said these citizens, we must have his head for all that, for we caught him in the act of stealing. They laid him on his back on the ground, and in the presence of the judge, who had acquitted him, they sawed off his head in about a quarter of an hour, with an old notched scythe, and then gave it to the boys to carry about on a pike, leaving the carcase in the justice-hall.

Mais laissons les assassins à leur triste besogne ! Revenons à nos étranges monuments inconnus. A en croire ce récit extraordinaire, c’est à tous les coins de rues importantes que l’on pouvait voir ces plaques. On ne saurait suivre ici la parole d’un anglais ! Tous les coins de rues importantes … dites plutôt à la façade de toutes les « public houses » ! C’est plutôt sur les monuments importants que l’on imagine ces funestes chroniques mortuaires. A bien chercher, l’on finit par trouver. Sur la façade occidentale de l’église st-Roch – c’est à dire le transept gauche puisque st-Roch n’est pas orientée est-ouest comme la plupart des églises post-médiévales, un espace rebouché attire l’attention.

 

On y distingue clairement quatre marques indiquant la présence d’anciennes agrafes de métal. Nul doute possible !

 

Sur la rive gauche, l’église saint-Etienne-du-Mont présente la même cicatrice, sur le mur situé à gauche de la façade. On la distingue très bien depuis le pub « the bombardier ». Ou bien, mon ami, était-ce le trompeur effet de la bière maison ?

Publicités

Un commentaire »

  1. Bonjour,

    J’ai trouvé une de ses plaques rue St Louis sur la façade Nord/Est de l’église St_Louis_en_l’Île.

    Commentaire par Rhoul — mars 1, 2013 @ 9:13 | Réponse


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :