Les Egarements Monumentaux

septembre 25, 2008

Hors d’oeuvre rue du Faubourg St Honoré

Classé dans : divers, shootings — pfbenoit @ 8:40
Tags: , , ,

Notre temps multiplie ces structures éphémères en hors d’oeuvre, masquant ou englobant les façades, etdevenues à Paris l’accessoire indispensable de tout chantier important de rénovation immobilière.
Faut-il lire ce cubo-futurisme exogène comme le signe d’un temps qui ne veut plus construire pour la durée ?

Cette étonnante araignée, visible rue du Faubourg St-Honoré laisse à penser que les artistes contemporains se voient souvent dépassés par la réalité malgré leurs efforts. A désacraliser l’art, ils prennent le risque de voir leurs installations ridiculisées par un simple échaffaudage. Après tout, comme le dit l’historienne Christine Sourgins, l’art est ce que le microcosme baptise comme tel. Alors, que ce curieux encadrement de poutrelles bleues soit art !

juin 10, 2008

Dans les pas des Vertus : Prudence et Justice …

Classé dans : divers, sculpture - 17 ème siècle, sculpture - 18 ème siècle — pfbenoit @ 11:22

En ces temps révolus où l’on vénérait encore le Beau, le Bien et le Vrai, l’on pouvait voir partout les figures, belles ou graves, des Vertus. Les esprits cultivés n’appréciaient alors rien tant que les allégories. Forme la plus élevée de l’intelligence, dit-on, l’allégorie revivait comme un témoin de l’Antiquité, réinventée en profondeur, et comme une continuation de la pensée médiévale toute symbolique.

Il n’est pas question ici de dresser une histoire du motif des Vertus et de leur évolution iconographique. Qu’il suffise de dresser la liste de ce charmant mais exigeant défilé : ce sont la Foi, la Charité et l’Espérance, en ce qui concerne les vertus chrétiennes ou théologales, la Force, la Tempérance, la Justice, et la Prudence, pour les Vertus antiques, ou cardinales. C’est au poète chrétien antique Prudence que l’on doit justement la gloire de ce motif, qui ne lassa pas les artistes et leurs patrons pendant 1000 ans, avant que le XIX ème siècle ne les remplace par les allégories bourgeoises du contentement de soi, et du règne du dieu Argent. A la renaissance, l’italien Cesare Ripa leur donna un visage uniforme dans toute l’Europe en publiant son Iconologia.

Si la plupart de ces belles figures ont disparu aujourd’hui, une balade dans les 6 et 7 ème arrondissements de Paris nous en livre encore de précieux exemples.

Dans l’ombre du portique spacieux de l’église Saint-Sulpice, les vertus trônent dans de splendides bas reliefs que l’on doit au génie de Michel-Ange Slodtz. L’art baroque marche alors dans les pas de l’art médiéval : le visiteur se voit rappeler ses devoirs de chrétien à l’entrée du sanctuaire. Mais, loin des effrayantes mises en garde de ses prestigieux précurseurs, le portail sculpté de saint-Sulpice se fait aimable, facétieux même. Rien de plus charmant que ces saynètes où de dodus putti agrémentent par leurs aventures ou leurs bêtises le grave message de leurs belles maîtresses !

Justice, appuyée sur l’épais volume de la Loi, tient d’une main résolue la balance. A ses pieds, un angelot vigoureux prétend soutenir l’épée de ses petites mains. Enlevez les attributs, et c’est une Marianne avant l’heure qui vous observe !

Prudence, pour sa part, tourne son beau visage vers les rayons qui émanent du sanctuaire. Retenant mollement son grand miroir, elle reste indifférente aux facéties de son petit compagnon qui prend peur devant un grand serpent menaçant !

A deux pas, au 6 rue de Tournon, le porche cossu d’un ci-devant hôtel particulier est sous bonne garde. Deux figures de pierre ignorent les passants en silence. On s’attendrait à les voir, abaissant lentement leur tête, présenter d’une voix grave une énigme mortelle à l’audacieux impétrant. Ce sont toujours Justice, portant l’épée et la balance, et Prudence, munie d’un petit miroir.

En remontant vers le bac qui nous permettra de traverser la Seine sans encombre, nous retrouvons les Vertus aux vantaux d’un portail particulier, dans l’hôtel qui abrite aujourd’hui la maison Deyrolle récemment sinistrée. Toro, L’artiste qui nous donna ces beaux morceaux délicieusement “rocailles” se conforma en bon ouvrier aux injonctions savantes de Cesare Ripa. Sa Prudence porte le miroir et le serpent, et l’on peut voir un cerf à son côté. Sa Justice tient l’épée, et côtoie la balance et la couronne.

Comment expliquer une telle popularité ? Si tous les édifices religieux abritaient à l’époque le groupe aimable des vertus théologales, les vertus cardinales, pour leur part, étaient moins présentes, éclipsées par des allégories civiques ou politiques plus complexes. C’est peut-être aux Invalides qu’il faut chercher une raison de cet engouement ?

Le tympan qui surplombe l’entrée principale de l’Hostel Royal n’abrite-t-il pas Prudence et Justice (Guillaume 1er Coustou, 1735), entourant la figure généreuse de Louis le Grand (refaite au XIX ème siècle) ? A l’ombre du dôme magnifique fleurirent peut être plus vigoureusement ces deux Vertus, sélectionnées par le souverain pour veiller sur sa splendide fondation de charité …

mai 30, 2008

Contre l’austérité protestante …

Classé dans : divers — pfbenoit @ 9:29

L’exubérance baroque ne trouva jamais sa place dans notre pays. Le goût français ne la supporte qu’avec peine. Elle domina pourtant l’Europe de la Contre-Réforme, qui s’était donnée la grave mission d’ opposer la joie de vivre catholique à l’austérité protestante. Mais comment s’opposer aux arguments spécieux des austères érudits protestants qui osaient traiter l’ Eglise de Rome de “grande prostituée”, la tentatrice parée de mille bijoux et d’étoffes précieuses ? Voici trois belles citations rapportées par Emile Mâle :

” Les novateurs nous accusent de prodigalité dans l’ornement des églises ; ils ressemblent à Judas reprochant à Marie-Madeleine de verser des parfums sur la tête du Christ “
(St Peter Canisius, Jésuite du XVI ème siècle)

” L’Eglise est une image du ciel sur la terre. Dieu l’emplit tout entière. Comment ne pas l’orner de ce qu’il y a de plus précieux. “
( Traité des Saintes Images, par Jean Vermeulen de Louvain, dit Molanus, XVI ème siècle)

” Si nous étions des anges, nous n’aurions besoin ni d’ églises, ni de culte, ni d’ images, mais nous ne sommes que des hommes. “
(St Peter Canisius, Jésuite du XVI ème siècle)

« Page précédentePage suivante »

Publié sur WordPress.