Les Egarements Monumentaux

juin 23, 2008

L’art d’ Hokusaï

Classé dans : divertissement — pfbenoit @ 10:21

Quel beau voyage nous offre ce vieux sage japonais ! En suivant ses pas tranquilles, c’est la plus belle des randonnées que l’on entreprend : s’appuyant avec précaution sur un petit parapet de bois, on admire avec effroi des gorges tumultueuses, des cascades terribles ; fatigué par une longue marche, les sandales couvertes de poussière, supportant le poids de grands fagots ou de cages pleines d’oiseaux, on entrevoit le bout du chemin : une petite hôtellerie au bord d’un grand lac, à l’ombre de puissants arbres. Sur la route, nous nous arrêtons sur les conseils du guide pour admirer l’oiseau qui pique sur les fruits succulents, ou le groupe de courtisanes impassibles qui se donne en représentation à la terrasse d’un beau palais.

L’art d’Hokusaï est un paradoxe. Son âme d’observateur amoureux de la nature s’exprime dans un réalisme touchant, dans ces belles branches chargées de fleurs, dans ces oiseaux fripons qui se contorsionnent pour chiper le fruit défendu, dans cette danse des crabes ou dans ces carpes qui semblent nous parler. Sa main, chargée du poids précieux de la culture japonaise, dépeint au contraire des hommes et des femmes retenus par mille conventions : ce ne sont pas des visages, ce sont des masques. Les femmes sont d’impassibles statues à l’improbable visage qui ne doit rien à celui des vrais japonaises de chair et de sang, mais tout à ces masques trompeurs du théâtre et de la guerre de l’ancien Japon. Les hommes, lorsqu’il ne s’agit pas de guerriers chinois au rictus effrayant, vont grimaçant, moqueurs, souffrant, s’exclamant ou s’esclaffant. Son vérisme touchant ou choquant, mettant en scène la vie d’un Japon populaire, n’est que l’illustration d’un théâtre de rue, de fables pour enfants … ou pour adultes.

C’est la première tendance, celle du réalisme naturaliste, qui toucha l’occidental, en faisait remonter à la surface le vieux fonds qui sommeille en tout européen, celui des sculpteurs de chapiteaux du XIII ème siècle, ou celui d’un Dürer dessinateur de plantes et de petits animaux. Les belles scènes proprement japonaises dans l’oeuvre d’Hokusaï n’influencèrent pas nos artistes. Elles sont trop singulières, empreintes de trop de conventions. C’est un voyage dans l’antiquité, celle des peintures sur vases grecs, celle de notre sculpture romane aux drapés vigoureux et stylisés.

juin 10, 2008

Dans les pas des Vertus : Prudence et Justice …

Classé dans : divers, sculpture - 17 ème siècle, sculpture - 18 ème siècle — pfbenoit @ 11:22

En ces temps révolus où l’on vénérait encore le Beau, le Bien et le Vrai, l’on pouvait voir partout les figures, belles ou graves, des Vertus. Les esprits cultivés n’appréciaient alors rien tant que les allégories. Forme la plus élevée de l’intelligence, dit-on, l’allégorie revivait comme un témoin de l’Antiquité, réinventée en profondeur, et comme une continuation de la pensée médiévale toute symbolique.

Il n’est pas question ici de dresser une histoire du motif des Vertus et de leur évolution iconographique. Qu’il suffise de dresser la liste de ce charmant mais exigeant défilé : ce sont la Foi, la Charité et l’Espérance, en ce qui concerne les vertus chrétiennes ou théologales, la Force, la Tempérance, la Justice, et la Prudence, pour les Vertus antiques, ou cardinales. C’est au poète chrétien antique Prudence que l’on doit justement la gloire de ce motif, qui ne lassa pas les artistes et leurs patrons pendant 1000 ans, avant que le XIX ème siècle ne les remplace par les allégories bourgeoises du contentement de soi, et du règne du dieu Argent. A la renaissance, l’italien Cesare Ripa leur donna un visage uniforme dans toute l’Europe en publiant son Iconologia.

Si la plupart de ces belles figures ont disparu aujourd’hui, une balade dans les 6 et 7 ème arrondissements de Paris nous en livre encore de précieux exemples.

Dans l’ombre du portique spacieux de l’église Saint-Sulpice, les vertus trônent dans de splendides bas reliefs que l’on doit au génie de Michel-Ange Slodtz. L’art baroque marche alors dans les pas de l’art médiéval : le visiteur se voit rappeler ses devoirs de chrétien à l’entrée du sanctuaire. Mais, loin des effrayantes mises en garde de ses prestigieux précurseurs, le portail sculpté de saint-Sulpice se fait aimable, facétieux même. Rien de plus charmant que ces saynètes où de dodus putti agrémentent par leurs aventures ou leurs bêtises le grave message de leurs belles maîtresses !

Justice, appuyée sur l’épais volume de la Loi, tient d’une main résolue la balance. A ses pieds, un angelot vigoureux prétend soutenir l’épée de ses petites mains. Enlevez les attributs, et c’est une Marianne avant l’heure qui vous observe !

Prudence, pour sa part, tourne son beau visage vers les rayons qui émanent du sanctuaire. Retenant mollement son grand miroir, elle reste indifférente aux facéties de son petit compagnon qui prend peur devant un grand serpent menaçant !

A deux pas, au 6 rue de Tournon, le porche cossu d’un ci-devant hôtel particulier est sous bonne garde. Deux figures de pierre ignorent les passants en silence. On s’attendrait à les voir, abaissant lentement leur tête, présenter d’une voix grave une énigme mortelle à l’audacieux impétrant. Ce sont toujours Justice, portant l’épée et la balance, et Prudence, munie d’un petit miroir.

En remontant vers le bac qui nous permettra de traverser la Seine sans encombre, nous retrouvons les Vertus aux vantaux d’un portail particulier, dans l’hôtel qui abrite aujourd’hui la maison Deyrolles récemment sinistrée. L’artiste qui nous donna ces beaux morceaux délicieusement “rocaille” se conforma en bon ouvrier aux injonctions savantes de Cesare Ripa. Sa Prudence porte le miroir et le serpent, et l’on peut voir un cerf à son côté. Sa Justice tient l’épée, et côtoie la balance et la couronne.

Comment expliquer une telle popularité ? Si tous les édifices religieux abritaient à l’époque le groupe aimable des vertus théologales, les vertus cardinales, pour leur part, étaient moins présentes, éclipsées par des allégories civiques ou politiques plus complexes. C’est peut-être aux Invalides qu’il faut chercher une raison de cet engouement ?

Le tympan qui surplombe l’entrée principale de l’Hostel Royal n’abrite-t-il pas Prudence et Justice, entourant la figure généreuse de Louis le Grand (refaite au XIX ème siècle) ? A l’ombre du dôme magnifique fleurirent peut être plus vigoureusement ces deux Vertus, sélectionnées par le souverain pour veiller sur sa splendide fondation de charité ?

mai 30, 2008

Contre l’austérité protestante …

Classé dans : divers — pfbenoit @ 9:29

L’exubérance baroque ne trouva jamais sa place dans notre pays. Le goût français ne la supporte qu’avec peine. Elle domina pourtant l’Europe de la Contre-Réforme, qui s’était donnée la grave mission d’ opposer la joie de vivre catholique à l’austérité protestante. Mais comment s’opposer aux arguments spécieux des austères érudits protestants qui osaient traiter l’ Eglise de Rome de “grande prostituée”, la tentatrice parée de mille bijoux et d’étoffes précieuses ? Voici trois belles citations rapportées par Emile Mâle :

” Les novateurs nous accusent de prodigalité dans l’ornement des églises ; ils ressemblent à Judas reprochant à Marie-Madeleine de verser des parfums sur la tête du Christ “
(St Peter Canisius, Jésuite du XVI ème siècle)

” L’Eglise est une image du ciel sur la terre. Dieu l’emplit tout entière. Comment ne pas l’orner de ce qu’il y a de plus précieux. “
( Traité des Saintes Images, par Jean Vermeulen de Louvain, dit Molanus, XVI ème siècle)

” Si nous étions des anges, nous n’aurions besoin ni d’ églises, ni de culte, ni d’ images, mais nous ne sommes que des hommes. “
(St Peter Canisius, Jésuite du XVI ème siècle)

mai 22, 2008

La chapelle de la Vierge avant 1756, selon Blondel (Eglise st-Roch, VIII)

Classé dans : église st-Roch, Paris — pfbenoit @ 11:35

Que serions-nous sans Blondel et son legs précieux, l’ Architecture Françoise, publié en 1756 ! L’ouvrage est un monument qui dresse pour notre admiration les plans, élève les façades, détaille les coupes et pare de sculptures et de peintures les bâtiments les plus en vus de son époque : l’architecture moderne du milieu du XVIII ème siècle. Par chance, on y trouve aussi des édifices plus anciens, comme l’église saint-Roch de la rue du Faubourg st-Honoré.

On y trouve ainsi une belle coupe de la chapelle de la Vierge, qui n’avait pas reçu encore la Gloire du sculpteur Falconet, mais offrait déjà son programme sculpté au complet.

Nous y reconnaissons la voûte peinte par Pierre. Précieux témoignage, les verrières en grisaille d’origine y sont visibles, remplacées aujourd’hui par un programme du Second Empire dédié à l’ Immaculée Conception, dont la principale vertu est de parer la chapelle de couleurs vives. Les verrières solennelles du XVIII ème siècle offraient à l’oeil de l’amateur ou du fidèle de petits médaillons que l’on regrette, dans la manière de faire les vitraux à cette époque, mais, sans couleurs, elles risquaient fort d’apparaître bien tristes.

A droite de l’autel, on reconnaît une statue du Christ ressuscité, presque nu et portant la croix, sur le modèle définitif de Michel-Ange, qui avait fait du Sauveur un gladiateur victorieux auréolé d’une gloire immortelle. A saint-Sulpice, on retrouve ce motif repris d’une manière touchante et pathétique par Edme Bouchardon dans sa belle statue du transept (ci-dessous). La figure de Bouchardon est un paradoxe : de loin, dans la pénombre de ce grave vaisseau, elle parait être un Christ ressuscité. Approchons-nous, et elle se mue en un Christ à la colonne - subissant avec la résignation d’un agneau les outrages des tortionnaires. Mêlant les motifs, cette statue contient en une pièce l’agonie à Gethsemani (”Père si Tu veux, éloigne de Moi cette coupe” LUC 22-42), la Passion, et la promesse de la Résurrection contenue dans la ressemblance formelle avec un Christ Ressuscité. On est ici, grâce à Bourchardon et ses commanditaires, loin du génie formel mais intellectuellement pauvre d’une certaine sculpture baroque ; pour ceux qui veulent lire, cette statue est tout un livre.

La statue de st-Roch, pour sa part, a disparu … On conserve sûrement le nom de son créateur.

mai 18, 2008

Monumenta 2008 Richard Serra

Classé dans : divertissement — pfbenoit @ 9:37

Spectacle singulier, que celui de ces farouches colonnes d’acier plantées dans le socle du Grand Palais, établissant un dialogue conflictuel avec la puissante dentelle de rivets et de poutrelles de l’insigne monument parisien. Le spectateur, hagard, évolue dans cette étrange forêt au milieu de basses profondes qui le font trembler, ou de cris stridents, que l’on croirait émaner de singes robotisés cachés dans la structure.

Si l’on veut bien suivre le guide, ” le caractère à la fois méditatif et impressionnant de l’oeuvre suscite une rencontre forte avec le visiteur dont les sensations et les émotions constituent, pour l’artiste, le véritable sujet de l’oeuvre ” … Dans ce cas, pourquoi ne pas pousser jusqu’au bout cette logique, en laissant le spectateur décider librement de sa contribution financière, à la mesure de sa “forte rencontre” ? Car le dépouiller de prime abord de 4 euros pourrait apparaître excessif …

En l’Hostel Royal des Invalides

Classé dans : divertissement, shootings — pfbenoit @ 9:23

Eclairé uniquement par les rayons qui dorent la coupole pendant la nuit, métamorphosés en flammes par le filtre des verrières. C’est le spectacle que les aimables souris de l’église du Roi peuvent contempler tous les soirs, et quel spectacle ! rien de plus beau, et de plus étrange :

mai 5, 2008

Divertissement : Vertumne et Pomone

Classé dans : divertissement, sculpture - 18 ème siècle — pfbenoit @ 5:11

- Allons, vous n’y pensez point, mon ami !
- J’y pense, madame, j’y pense …

L’astucieux Vertumne, dieu des jardins, conquerra-t-il la belle mais chaste Pomone ? Jean-Baptiste II Lemoyne ne laisse rien entrevoir de l’issue de l’affaire dans ce beau groupe sculpté grandeur nature exposé au Louvre (1760).

Toutefois, l’on voit bien que le rejet de Pomone est mou … Regardez cette main droite, inerte et lascive. Tout cela n’est qu’ artifice ! Le goût du XVIII ème siècle est fort éloigné de la grave morale qui sanctionne implacablement les aventures des héros des Métamorphoses d’Ovide. On croirait entendre l’esprit du siècle, chantant sous la plume d’Antoine Gautier de Montdorge, librettiste de Rameau :

” Contre l’amour, jeune beauté, ne combattez que pour rendre les armes … “

mai 3, 2008

Vêpres à Notre-Dame

Classé dans : shootings — pfbenoit @ 10:16

Avec des si …

Classé dans : shootings — pfbenoit @ 9:02

on pourrait mettre Paris sous cloche.

mai 2, 2008

Ascension

Classé dans : shootings — pfbenoit @ 9:11

st-Germain-des-Prés, Paris

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